Méditerranée: taxer les bateaux pour financer l’accès à l’eau

Méditerranée: taxer les bateaux pour financer l’accès à l’eau

Le président de l’Institut de prospective économique du monde méditerranéen (Ipemed), Jean-Louis Guigou, s’est investi d’une nouvelle mission : trouver des financements pour donner accès à l’eau et à l’assainissement aux pays du pourtour méditerranéen. Il a profité d’une conférence organisée pendant la COP21, au salon des Solutions du Grand Palais, pour dévoiler son projet.

Le besoin

Dix milliards d’euros par an pour apporter l’accès à l’eau et à l’assainissement aux 380 millions d’habitants de la zone.

Jordanie : Nappe Azraq. Crédit: Professeur Ali El-Naqa

L’accès à l’eau, une priorité pour les zones arides du pourtour méditerranéen. Ici, en Jordanie. Crédit: Professeur Ali El-Naqa

La stratégie

L’idée est de taxer les navires de plaisance et de commerce qui naviguent sur les eaux méditerranéennes.

Car ils profitent jusqu’à présent gratuitement de cette voie de transport, tout en polluant allégrement ses flots en y rejetant leurs eaux usées et en y effectuant des dégazages.

Le raisonnement

Il est simple.

« Chaque année, les croisiéristes transportent 27 millions de passagers en Méditerranée, qui y restent en moyenne 7 jours. Si 10 euros étaient prélevés par nuit, cela génèrerait 2 milliards d’euros.

Chaque année, Gibraltar est traversé par 100 000 bateaux de commerce, les Dardanelles par 50 000, et Suez par 20 000. Si nous faisons payer 100 euros par bateau, nous obtenons environ 20 milliards d’euros.

Pour chaque navire, ce n’est rien. Pour nous, c’est énorme », souligne Jean-Louis Guigou.

Ensuite, d’après Jean-Louis Guigou les fonds récoltés devront être gérés par une « agence de l’eau méditerranéenne », équivalent à l’échelle de ce bassin maritime des agences de l’eau qui existent en France et dans d’autres pays. C’est elle qui accordera ensuite des subventions aux pays de la région.

Mediterranee-Navires

Bateaux de croisière en Sicile. Crédit : CK

Les difficultés

Les obstacles sont tout d’abord d’ordre géopolitique, d’après le directeur de l’Ipemed. Le Canal de Suez appartient à la seule Egypte, et le principal interlocuteur de cette initiative sera donc le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi. Le canal de Gibraltar est l’objet d’un traité entre l’Espagne et le Maroc. Ce serait donc à ces deux pays de s’entendre. Enfin, le canal des Dardanelles est géré par un traité international – les interlocuteurs seront donc multiples.

Personnellement je vois une autre difficulté : le lobbying des compagnies de transport maritime. Si un bateau taxé 100 euros ne représente pas grand’ chose, cela est certainement moins vrai lorsqu’une même entreprise affrète des centaines ou des milliers de cargos par an.

L’inspiration de ce mécanisme

C’est Philippe Douste-Blazy qui a inspiré Jean-Louis Guigou en lui décrivant le mécanisme de financement innovant des trithérapies qu’il a contribué à mettre en place. C’était en 2006. Le mécanisme prévoit de taxer chaque billet d’avion 1 euro et d’affecter les fonds perçus à une aide médicale (contre le Sida, le paludisme, la tuberculose) pour les pays en développement.

« Cela a été un énorme échec : seuls treize pays nous ont suivi. Mais cela a aussi été un énorme succès : nous avons récolté trois milliards de dollars en sept ans. Aujourd’hui, les traitements de huit enfants sur dix souffrant du SIDA sont payés par ce mécanisme », explique Philippe Douste-Blazy.

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Maroc : le barrage Hassan Addakhil

Les priorités

« Il faut convaincre trois ou quatre chefs de l’Etat de soutenir le projet. Il ne faut pas s’adresser aux ministres, mais directement aux chefs de l’Etat. En effet, tout dépendra des hommes politiques », glisse Philippe Douste-Blazy.

Le calendrier

« Dans un ou deux mois nous aurons rédigé un texte pour mettre en place cette taxation. Restera à convaincre les chefs de l’Etat », annonce Jean-Louis Guigou.

La prochaine COP aura lieu à Marrakech en 2016. L’occasion certainement pour le Roi du Maroc de soutenir cette initiative… le pays est d’ailleurs engagé dans d’importants travaux pour favoriser l’accès à l’eau de sa population, et le projet de l’Ipemed devrait lui parler.

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